Femme de l'année dans le monde du vin 2017

La nouvelle « Wine Lady », Sybille Troubleyn, initie les Belges à la dégustation du vin. Avec WineWise, elle est la seule en Belgique à proposer les formations prestigieuses du WSET (Wine & Spirit Education Trust).

Avant d’obtenir son diplôme WSET, Sybille Troubleyn avait déjà acquis de solides connaissances en matière de vin. Sa passion pour le vin est née à l’école hôtelière Spermalie de Bruges. Elle s’est ensuite perfectionnée à Bordeaux. Pendant quelques années, elle a sillonné les vignobles du Nouveau Monde, sac au dos, une expérience qui a donné lieu à la publication d’un livre. Elle a travaillé chez Sopexa, Vinopress et Syntra, avant de fonder sa propre école de vin, WineWise, qu’elle dirige aujourd’hui avec son partenaire Piet Vannieuwenhuyse.

Vous attendiez-vous à recevoir ce titre honorifique ?

Cela m’a surprise, car il s’agit d’un prix décerné par le public et je ne suis pas active sur les réseaux sociaux. J’en suis très fière et j’espère que les amateurs de vin seront encore plus nombreux à s’inscrire à nos formations. Une meilleure connaissance conduit à une offre de meilleure qualité, tant dans le commerce qu’au restaurant. C’est également un honneur de suivre les traces de ma prédécesseure, Virginie Saverys.

Les femmes dans le monde du vin mériteraient bien un peu plus d’attention.

C’est le cas en Belgique, mais dans le reste du monde, les femmes sont très bien représentées dans le monde du vin. Dans la plupart des pays, la répartition est de 50-50.

Comment expliquez-vous ce retard ?

Je pense que cela vient des femmes elles-mêmes. Je n’ai pas l’impression que les femmes se voient offrir moins d’opportunités. En tout cas, je n’ai pas vécu cela personnellement. J’ai toutefois vu passer beaucoup de jeunes filles prometteuses qui se sont ensuite effacées. Il est parfois regrettable qu’elles soient immédiatement mises sur un piédestal. Si elles ne répondent pas tout à fait aux attentes, elles disparaissent dans l’oubli. Les hommes peuvent, quant à eux, se forger un chemin de manière plus progressive. Nous donnons trop peu aux jeunes femmes la possibilité de mûrir dans le métier. Quand j’étudiais à Bordeaux, il n’y avait pas encore beaucoup de femmes dans cette filière. J’étais en quelque sorte un cobaye, leur première étudiante internationale.

Pourquoi êtes-vous revenue en Belgique après vos études, alors que vous veniez d’un pays viticole comme la France ?

Pour pouvoir financer mes études, j’ai contracté un prêt en Belgique. Il me semblait tout à fait logique d’aller travailler en Belgique pour rembourser ce prêt.

Quelles autres activités WineWise propose-t-elle en plus des formations WSET ?

WineWise propose également des formations en entreprise, basées sur le programme du WSET, mais adaptées sur mesure à chaque entreprise. Nous travaillons avec leurs vins, identifions les besoins du personnel, dispensons des formations continues… Nous disposons de 16 formateurs répartis dans différentes régions.

Quelles sont les qualités indispensables à un bon sommelier ou à une «Wine Lady» ?

Tout d’abord, de la persévérance, surtout si vous comptez travailler à votre compte. Ensuite, il faut avoir sa propre vision. Ce n’est pas la voie la plus facile, mais c’est la plus honnête. Il faut être très avide d’apprendre, car dans le domaine des vins et spiritueux, on n’est jamais parvenu au bout de son apprentissage. On découvre sans cesse de nouvelles choses et on rencontre de nouvelles personnes qui ont une vision et une compréhension tout à fait différentes. C’est ce qui rend ce métier si passionnant.

Peut-on apprendre à déguster ?

Oui, toute personne suffisamment désireuse d’apprendre peut apprendre à déguster. Certains le maîtriseront plus vite que d’autres. Une connaissance préalable des saveurs et des arômes est un atout. Il faut apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge à sentir les choses. On ne peut pas nommer ce qu’on n’a pas perçu. Beaucoup de gens ne parviennent pas à distinguer l’acidité du sucré.

Peuvent-ils encore facilement vous induire en erreur ?

Oui, heureusement. On ne s’attache pas aux millésimes. Il n’y a rien de plus agréable que de chercher ce qu’il y a dans le verre et de résoudre l’énigme.

Apprend-on à mieux apprécier le vin quand on en sait davantage ?

Absolument. En tant que caviste ou sommelier, une meilleure connaissance vous permet également d’être plus ouvert aux personnes disposant d’un budget plus modeste. Une meilleure connaissance vous amène aussi à boire moins, mais mieux.

Le vin occupe-t-il également une place importante dans votre vie privée ?

J’apprécie toujours énormément le vin. Mais je n’en bois pas tous les jours, même si j’en déguste quotidiennement.

Quelles sont vos dernières découvertes ?

Il se passe énormément de choses. On n’est plus à l’époque où le savoir-faire se transmettait uniquement de l’Ancien Monde vers le Nouveau Monde. Les pays viticoles traditionnels s’inspirent également des vins du Nouveau Monde. Il y a là un véritable échange entre les jeunes, ce qui est une très bonne chose. À l’avenir, nous verrons émerger des vins effervescents, et je ne parle pas seulement du champagne et de la France. Les pays apprennent aussi beaucoup. On regarde parfois l’Afrique du Sud avec une certaine condescendance, mais ce pays produit des vins d’exception. Chaque pays apporte sa propre contribution et ses propres atouts. On s’éloigne du bois pour se tourner vers des vins plus accessibles, qui mettent davantage l’accent sur le fruit.

Voyez-vous un avenir pour les vins belges ?

Cela reste un produit de niche ; les vins belges sont également assez chers. Il y aura certes toujours de beaux vins et je constate une nette amélioration, mais en termes de volume de production, nous ne pesons pas lourd face au reste du monde. Je ne choisirai jamais un vin belge par simple chauvinisme. La qualité doit être au rendez-vous, quel que soit le pays d’origine.

Y a-t-il encore trop de consommateurs qui se fient uniquement à l'étiquette ?

Malheureusement, oui. Ce n’est pas pour rien que notre cours d’initiation s’intitule « Looking behind the label ».

Que pensez-vous du vin au restaurant ?

Les cartes des vins ont évolué de manière positive par rapport à il y a environ 15 ans. Dans les meilleurs restaurants notamment, on trouve une offre variée dans différentes gammes de prix. Dans les brasseries, il reste encore beaucoup à faire. Une formation comme celle du WSET n’est jamais inutile, c’est un investissement qui rapporte largement. Elle renforce la confiance en soi, ce qui permet de mieux conseiller ses clients.

« Wine Lady of the Year » : quelques mots d'explication

La « Wine Lady of the Year » est élue par les internautes et est une initiative de Foodprint, Meyhui et Winterhalter. Au total, environ 7 300 votes ont été enregistrés. Un concours spécial visant à souligner l’importance des femmes dans le monde du vin, trop souvent éclipsées par les hommes. Dans un monde où la masculinité reste encore le mot magique pour obtenir pouvoir et responsabilités, la « Wine Lady of the Year » remet les choses à leur place. Car les garçons et les filles ne sont tout simplement pas jugés de la même manière. Il est donc grand temps que cela change.

Source
: Foodprint