La bière, un droit inaliénable ; la connaissance, un angle mort.
Vous aimez la bière. Sinon, vous ne seriez pas en train de lire ceci. On ose le supposer 😁.
Mais pouvons-nous vous demander, sans détour, ce qu’est réellement la bière ? « Ma boisson préférée. » Parfait. On retient tout de suite cette réponse. Mais avez-vous aussi une définition ?
Si vous nous répondez spontanément : « une boisson alcoolisée à base de céréales, d’eau, de sucre et de houblon », nous trouvons déjà cela assez percutant. Plus percutant même que ce qu’en dit le Dikke Van Dale. Et plus clair que ce que Wikipédia a réussi à rassembler. Quant à l’arrêté royal du 31 mars 1993, nous préférons s’en taire.
Nous avons nous-mêmes tenté notre chance : « La bière est une boisson unique. En plus d’être désaltérante, c’est aussi un produit d’agrément. Une boisson qui trouve d’ailleurs parfaitement sa place à table. Et nous devons cette délicieuse boisson au génie de l’humanité. » Non, nous n’avons pas réussi à faire plus court.

La bière n’est ni du vin, ni un distillat. C’est une catégorie à part. Une combinaison magique d’eau, de malt, de houblon et de levure, et surtout : d’ingéniosité humaine. Car quatre ingrédients ne suffisent pas à eux seuls. C’est le brasseur qui, fort de ses connaissances, de son expérience et d’un brin d’obstination, donne vie à quelque chose dans le verre.
Qu’elle désaltère, cela va de soi. Qu’elle soit un plaisir, également. Mais qu’elle puisse s’intégrer à la gastronomie ? C’est là que le bât blesse encore trop souvent. La bière a de l’acidité, du sucré, de l’amertume. De la profondeur. De la rudesse. De la finesse. Elle peut se marier, créer des contrastes, surprendre. Et pourtant, pour beaucoup, elle reste cantonnée à « encore une bière ».
Et oui, la bière belge a conquis le monde. Les grands acteurs ont ouvert la voie. Les bières d’abbaye telles que la Leffe, la Grimbergen et l’Affligem ont fait découvrir les bières spéciales au grand public. Dans les années 90, la gueuze a connu un regain d’intérêt, les microbrasseries ont vu le jour et des noms tels que Cantillon et De Struise Brouwers ont fait fureur à l’international. Internet a fait le reste.

Mais parallèlement, quelque chose d’autre s’est immiscé : le marketing. Le vrai brasseur vous fait déguster. Point final. Sa bière parle d’elle-même. Le spécialiste du marketing, lui, commence par raconter une histoire. Parfois avant même que la bière ne soit prête. Ce n’est pas un détail. C’est un tournant. Brasser, c’est maîtriser. Prendre son temps. Savoir quand il faut attendre et quand il faut intervenir. La perfection ne se précipite pas. Cela va à l’encontre d’un monde où une nouvelle bière doit sortir chaque mois. Après la vague des IPA, l’acidité est devenue la nouvelle amertume. Et entre-temps, le train des bières sans alcool file à toute allure. Intéressant ? Certainement. Mais soyons honnêtes : tout ce qui est à la mode n’est pas forcément bon.
Heureusement, des concours comme le Brussels Beer Challenge montrent que les bases restent solides. Les styles belges — saison, brune flamande, lambic, vieille gueuze, vieille kriek — sont dans notre ADN. Des chefs-d’œuvre comme la Westmalle Tripel illustrent ce que signifie véritablement l’équilibre. Ici, l’innovation s’inscrit encore souvent dans la tradition. Et c’est précisément ce qui fait notre singularité.
Notre culture de la bière est bien vivante. Dans les brasseries. Dans les cafés. Au Den Engel sur la Grand-Place d’Anvers, mais tout autant dans un bar de village où la carte des bières tient sur une seule feuille et où tout est pourtant parfait. Où une Westmalle Tripel est tout simplement servie dans le bon verre, même à la cantine d’un club de quatrième division. Sans chichis. Sans chichis. Chez nous, la bière n’est pas un symbole de statut social. C’est un lubrifiant social. Au comptoir, le tapissier discute avec l’avocat. Et tout le monde se comprend.
Et pourtant. Demandez à un Belge de vous parler de bière et il vous répondra comme si c’était son droit de naissance. Comme si ce savoir lui avait été transmis avec le lait maternel. Nous en sommes fiers — et à juste titre. Mais creusez un peu plus profondément et le silence s’installe rapidement. Nous reconnaissons les noms. Les verres. Les étiquettes. Nous savons ce que nous aimons boire. Mais pourquoi exactement ? C’est là que le bât blesse. Nous ne connaissons pas la différence entre une triple et une blonde forte. Une « Spéciale Belge » ? Jamais entendu parler. Comment on fabrique le lambic ? Dieu seul le sait. La différence entre une « Oud Vlaams Bruin » et une « Vlaams Rood » ? Qui sait ? Connaissons-nous la différence entre le goût et l'arôme ? Entre la levure et le caractère ? Entre tradition et marketing ?

Peut-être en savons-nous moins que nous ne le pensons. Et ce n’est pas un problème. Au contraire. C’est précisément pour cela qu’une formation solide reste indispensable. Des formations telles que le WSET Beer offrent à cet égard un cadre clair : elles vous aident à déguster, analyser et comprendre ce qu’il y a réellement dans votre verre. Non pas pour gâcher le plaisir, mais pour l’approfondir. Pour mieux déguster. Choisir en toute connaissance de cause. Profiter davantage. Car plus vous comprenez ce qu’il y a dans votre verre, plus ce verre s’enrichit. Et croyez-nous : il y a encore beaucoup à découvrir. Cela peut vous aider encore davantage si vous travaillez dans le secteur de la bière. Sur un marché où l’offre ne cesse de s’élargir et de se complexifier, le savoir fait la différence. Non seulement pour vous, mais aussi pour vos clients. Cela peut apporter une véritable valeur ajoutée à votre établissement : une carte des bières bien pensée et équilibrée n’est pas un détail, mais un atout. Elle raconte une histoire, guide le choix de vos clients et enrichit leur expérience. Celui qui comprend la bière ne se contente pas de servir un verre. Vous accompagnez, conseillez et surprenez. Et c’est précisément là que réside la différence entre un service correct et une signature forte.
Vous souhaitez également suivre nos formations WSET sur la bière ? Cliquez ici pour plus d’informations.
Le mardi 16/06/26, nous consacrerons également une journée entière aux bières Lambic. Une formation à ne pas manquer. Plus d’informations et inscription.